La Jeune Fille à la perle ou La Jeune Fille au turban est un tableau de Johannes Vermeer peint vers 1665, exposé au Mauritshuis de La Haye. On l'appelle aussi la « Joconde du Nord ».
Miracle de légèreté et de sensualité, infiniment précieuse et fragile, les yeux brillants, les lèvres humides, incrustées de lumière : de cette figure émane un extraordinaire sentiment de vie.
Le peintre a su rendre avec tant de vérité l'effet de surprise marqué par la bouche entrouverte et saisir, mieux que n'aurait pu le faire un instantané photographique, le mouvement de la jeune fille se retournant et regardant le spectateur par-dessus son épaule, que l'on croit presque la sentir frémir et exhaler son souffle. Le vêtement de fantaisie dont la texture est indéterminée, le rayonnement et le modelé imprécis de la figure irradiant la lumière, tout en fait un visage hors du temps.
Sur le fond neutre et presque noir faisant ressortir le modelé du visage - selon un procédé déjà conseillé par Léonard de Vinci - éclatent les deux couleurs de prédilection de Vermeer : le bleu et le jaune citron dont l'étrange harmonie fera l'admiration de Van Gogh. Posées par empâtements vigoureux d'un pinceau expressif et hardi, ces couleurs attestent la liberté et l'originalité de la facture du Maître de Delft contrastant avec le style précis et léché des peintres contemporains.
Inclassable historiquement et stylistiquement, le turban renforce encore l'intemporalité du visage. Peut-être faisait-il partie des vêtements turcs trouvés chez Vermeer à sa mort. À moins qu'il ne soit un souvenir de l'Homme au turban rouge, autoportrait présumé de Jan van Eyck (1433), ou de L'Autoportrait en costume oriental peint par Rembrandt trente ans plut tôt, en 1631. Recherché alors, mais peu courant dans les portraits, cet accessoire exotique a pu aussi lui être inspiré par une œuvre peinte à peu près au même moment, Le Jeune Homme au turban tenant un bouquet de Michael Sweerts.
Ornant les cous et les visages de toutes les femmes, la perle est l'un des motifs favoris de Vermeer. Symbole de chasteté et de pureté dans la tradition biblique, mais aussi attribut de l'artifice dans les Vanités, elle convenait à son goût de l'équivoque. Il sut jouer de ses significations contradictoires. De même que les yeux et les lèvres humectés de petits points blancs, elle sert aussi à accrocher la lumière. Véritable miroir dans le tableau, on voit s'y refléter une fenêtre et, comme l'a révélé la restauration, le col immaculé de la veste.
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